C’est une désespérance froide et mortifère. Elle gèle le coeur dans le spectre du trépas. Il n’ y a plus d’amour, plus de commisération. Cette société haïtienne se vide de toute empathie, de toute humanité. Elle se meurt, elle se dégarnit, elle se décharne.

Et je cours, je cherche, je suis en quête d’un homme, d’une femme, d’une percée de lumière capable de m’indiquer la voie, d’éclairer la route. Je cherche des mots d’espoir, je cherche l’amour, je cherche la vie.

Mais mon illusion est totale. Je suis dépeuplé. Désarçonné. Désabusé. Le quotidien haïtien me confond. C’est un cercle vicieux. Ça tourne et tourne encore. Et revient toujours à la case départ. C’est lassant. C’est rébarbatif. Désespérant. Décourageant.

J’ai envie de vivre ici malgré tout ça. Parce que j’aime ce pays plus que tout. Et je donnerais ma vie si j’étais sûr que cela ferait une différence. Mais il y a déjà tellement de vies sacrifiées pour voir l’histoire se répéter de manière lassante! C’est à se dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Mais j’aime encore et je reste et j’attends et je me bats chaque jour dans le silence des mots. Je suis absolument certain que la vie et l’espérance renaîtront dans cette Haïti pour tous et chacun. Mais cela n’arrivera pas sans se battre avec toutes ses tripes, sans faire face aux démons qui hantent l’avenir.

Par Jackson Joseph