Le 12 mars 2021 restera une date funeste dans les annales de la Police nationale haïtienne (PNH). Ce jour-là, une opération policière lancée contre les gangs armés solidement implantés à Village-de-Dieu, un quartier populaire de la capitale, a viré au fiasco sanglant. Cinq agents de l’ordre – Georges Renois Vivender, Désilus Wislet, Eugène Stanley, Ariel Poular et Lucdor Pierre – y ont laissé la vie, confrontés à des criminels lourdement armés, organisés et déterminés. Cinq ans plus tard, le souvenir de ce massacre reste vif dans la mémoire collective, mais la situation sécuritaire sur le terrain n’a guère évolué, s’étant même considérablement dégradée. L’emprise des gangs, loin de se réduire, s’est consolidée et étendue. Ils contrôlent désormais non seulement des portions entières de Port-au-Prince – notamment les entrées nord et sud, – mais aussi des zones stratégiques du département de l’Artibonite et du Plateau central. L’autorité de l’État y est devenue quasi inexistante, reléguant des millions de citoyens au statut de déplacés internes, entassés dans des camps aux conditions de vie précaires. Face à cette escalade, la PNH apparaît comme la première ligne de défense, mais aussi la première à subir les conséquences de la faiblesse de l’État. L’institution avançait toujours un manque criant d’équipements, de personnel qualifié et de moyens logistiques. Cette impuissance chronique est aggravée par l’impunité quasi totale dont jouissent les chefs de gangs, qui consolident leur pouvoir et leur influence sur des populations livrées à la peur. Au quotidien, les habitants des zones sous tension vivent dans la terreur des enlèvements crapuleux, des tirs et des extorsions. Leurs déplacements sont limités, leurs activités économiques paralysées, et leur confiance dans les forces de sécurité est au plus bas. L’instabilité politique chronique et les crises sociales à répétition n’ont fait qu’exacerber un sentiment d’abandon et fragiliser davantage un État déjà vacillant. Face à ce constat d’échec, experts nationaux et autorités s’accordent sur la nécessité de réformes profondes. Le renforcement de la PNH et la poursuite judiciaire des chefs criminels sont érigés en priorités. Dans ce contexte, l’attention se tourne également vers l’arrivée annoncée, pour le mois d’avril, d’une force internationale de répression des gangs. Cette nouvelle mission succède à l’échec de la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité. Cinq ans après le massacre de Village-de-Dieu, le quartier est devenu le symbole tragique de l’incapacité de l’État haïtien à imposer son autorité face à la criminalité organisée. La lutte pour la sécurité à Port-au-Prince et en province demeure un défi titanesque, qui nécessitera bien plus que des promesses : des réformes structurelles sérieuses, une volonté politique affirmée et un engagement national sans faille. Navigation de l’article Le ministre de la Défense, Mario Andrésol, au QG des FAD’H pour évaluer les capacités opérationnelles de l’Armée Nouveau code fiscal haïtien : le gouvernement en concertation avec le secteur privé