Alors qu’un éventuel remaniement du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est dans les tuyaux à la suite du départ du Conseil présidentiel de transition (CPT) le 7 février 2026, une proposition technique détaillée concernant le Ministère des Travaux publics, Transports et Communications circule. Émanant de l’ingénieur Guito Edouard, mathématicien et spécialiste en ingénierie opérationnelle, ce document de 12 pages intitulé « Grandes lignes pour 18 mois au MTPTC » dresse un inventaire exhaustif des chantiers prioritaires à mener au ministère des Travaux publics, Transports et Communications. Mais au-delà de son contenu technique, cette initiative suscite des interrogations quant à ses éventuelles motivations et au fait que cette nouvelle phase de transition ne devrait pas aller au-delà des 12 prochains mois.

Daté du 10 février 2026, le document se présente comme une véritable feuille de route pour le titulaire du Ministère des Travaux Publics. Il décline une vision structurée autour de huit axes majeurs, allant de la stratégie des 100 premiers jours à la réorganisation du Fonds d’Entretien Routier (FER), en passant par une déconcentration régionale des services et une relance de la coopération avec les Partenaires Techniques et Financiers (PTF).

L’ingénieur Edouard, dont le parcours à la tête de la DINEPA (Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement) est connu, ne cache pas l’ampleur des défis. Il évoque sans détour la « crise » et la « fuite de cerveaux compétents et expérimentés » qui ont affaibli les capacités techniques du ministère. Pour y remédier, il propose un mécanisme original : le « rapatriement à titre de consultants spéciaux » de cadres expérimentés ayant quitté l’institution, couplé à l’insertion de jeunes diplômés issus des universités du pays, à raison de 3 à 6 par projet.

La proposition est particulièrement détaillée sur les interventions à mener dans la Région Métropolitaine de Port-au-Prince (RMPP). Un tableau annexé au document liste, rue par rue, les travaux de réhabilitation à entreprendre, avec des volumes de béton bitumineux et hydraulique estimés. Parmi les priorités affichées : le curage des canaux de Tabarre, Torcel et Clercine, la réfection du boulevard Toussaint Louverture, ou encore l’achèvement du viaduc de Carrefour.

Sur le plan institutionnel, l’ingénieur propose une restructuration profonde du ministère avec la création de quatre coordinations régionales (Ouest, Grand Nord, Grand Sud et Grand Centre). Ces cellules auraient pour mission d’assurer la passation de marchés et le suivi des travaux en province, dans une logique affirmée de « déconcentration des services centraux ».

Une offensive de charme pour conquérir le ministère ?
Mais c’est moins le contenu technique du document qui alimente les conversations que le contexte et la forme de sa diffusion. Plusieurs observateurs s’interrogent : s’agit-il d’une simple proposition citoyenne, d’une offre de service, ou d’une candidature déguisée ?

Pour certains, l’ingénieur Edouard convoiterait, à travers cette démarche, le poste de ministre des Travaux Publics dans le cadre du remaniement ministériel attendu après le départ du Conseil Présidentiel de Transition.

L’hypothèse n’a rien d’invraisemblable. La publication de ce document, qui porte en en-tête les coordonnées personnelles de son auteur et se présente comme préparé « pour le gouvernement dirigé par le PM Alix Didier Fils-Aimé », intervient à un moment clé.

Le document ne se contente pas de lister des chantiers. Il propose un cadre juridique dérogatoire pour accélérer leur mise en œuvre. Guito Edouard suggère qu' »en Conseil des Ministres, une résolution soit votée en faveur de la déclaration d’État d’Urgence National (EUN) aux fins de renforcer la portée juridico-administrative des attributions de ces marchés de travaux ».

Reste à savoir quel accueil le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé réservera à cette proposition. Si l’expertise de l’ingénieur Edouard sur les questions d’infrastructures et de gestion de l’eau n’est plus à démontrer, la voie est étroite entre la mise à disposition de compétences et une ambition personnelle lisible.

Mais une chose est certaine : le document est sur la table. Et ses 18 mois de « grands chantiers » attendent désormais une réponse.