À travers trois (3) jours de grève cette semaine, Changeux Mehu, chef de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (APCH), lève le voile sur la complicité entre l’État haïtien, les gangs armés et certaines autorités locales. Un système qui vise à bloquer les routes nationales au profit des tenants des secteurs du transport aérien et maritime, et ce, au détriment des chauffeurs du transport terrestre et de la population en général. « Se leta ak nèg bato yo ki bloke Gran-Sid la pou nèg bato yo kontinye souse san chofè kamyon ak ti machann », argue Changeux Mehu, citant notamment le cas d’un agent exécutif intérimaire accusé d’avoir installé son propre poste de péage à Gressier. Dans la ligne de mire de ces journées de grève de l’APCH, les actes de la compagnie Sunrise Airways, propriété de Philippe Bayard, qui semble tirer profit de l’insécurité ambiante pour écarter la concurrence et imposer un monopole de fait sur le transport aérien en Haïti. En l’absence de contrôle sérieux de l’État, la compagnie fixe ses tarifs à sa guise, tandis que des passagers dénoncent un service médiocre, des bagages disparus et des réclamations ignorées. Le silence de la compagnie et l’inaction des autorités interrogent. Sans oublier les simulations d’attaques à l’Aéroport international Toussaint Louverture en décembre dernier, qui auraient visé à débloquer d’importantes sommes au titre d’indemnisations d’assurances, concoctées par d’anciens proches de Laurent Saint-Cyr et Philippe Bayard. Par ailleurs, le secteur du cabotage serait contrôlé par certains nantis, lesquels distribuent des miettes à des autorités étatiques et à des groupes criminels afin de s’assurer une mainmise totale sur ce marché stratégique. Le même scénario se répète au port de Port-au-Prince, principale porte d’entrée du pays. L’État a abandonné ce secteur névralgique au contrôle d’Édouard Baussan, régulièrement cité dans des controverses majeures liées au financement du terrorisme. Face à ces constats alarmants, une seule interrogation s’impose : que peuvent la PNH, dotée de seulement 6 000 membres actifs, et une armée embryonnaire face à un système fondé sur une économie criminelle aussi bien ficelée que celle que nous connaissons ? Car derrière ces routes barrées, ces ports confisqués et ces monopoles imposés, c’est un pays entier qui suffoque. Quand l’État devient complice du chaos, la grève n’est plus une protestation : c’est un cri de survie. Peterson Joseph Navigation de l’article Des milliers d’enfants piégés par les groupes armés selon un rapport des Nations Unies Youry Chevry et Pierre Espérance s’apprêtent à réactiver les « terroristes » de Fantom 509.