Le nouveau ministre de l’Économie et des Finances (MEF) d’Haïti, Serge Gabriel Colin, a été officiellement investi dans ses fonctions ce mercredi. Ce jeune technocrate, qui dirigeait auparavant le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) – une institution clé dans la mise en œuvre des politiques sociales– hérite désormais de la gestion globale des finances de l’État.

La cérémonie d’installation, qui s’est tenue au siège du MEF, était présidée par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), Dr Patrick Pélissier, qui assure l’intérim à la Primature, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé étant en déplacement officiel à Saint-Kitts-et-Nevis pour participer à la 50e réunion ordinaire des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM).

Prenant la parole, Me Patrick Pélissier a immédiatement planté le décor, soulignant la lourdeur de la tâche qui attend le nouveau ministre. Il a rappelé que Serge Gabriel Colin prend les rênes du ministère dans un environnement économique extrêmement sous tension, caractérisé par une stagflation persistante. Il a évoqué la persistance de la récession (le PIB réel est en contraction continue depuis plusieurs années), la paralysie de l’activité productive due à l’insécurité et l’aggravation des contraintes budgétaires. Dans ce contexte, il a insisté sur la nécessité d’une gestion rigoureuse des finances publiques pour soutenir les priorités nationales, notamment le financement du secteur de la sécurité et l’organisation tant attendue des élections.

Un diagnostic sans concession

Prenant la mesure des défis, le nouveau « grand argentier » a dressé un état des lieux sans fard des finances publiques, illustrant la spirale négative dans laquelle le pays est engagé. Il a révélé des chiffres clés pour l’année fiscale 2025, notamment :

Une inflation galopante : avec un taux de 25 %, le pouvoir d’achat des Haïtiens continue de s’éroder, frappant durement une population déjà vulnérable.

Un déséquilibre budgétaire croissant : si les recettes ont progressé de 8 %, les dépenses de l’État ont, elles, bondi de 44 %, creusant un déficit difficilement soutenable.

Face à ce diagnostic, Serge Gabriel Colin a annoncé une série de mesures visant à assainir la gestion publique. Il a promis un contrôle plus strict des engagements, une amélioration de la traçabilité des données fiscales et douanières et un pilotage plus rigoureux des flux de trésorerie.

Sur le plan international, le nouveau ministre a réaffirmé l’engagement d’Haïti à poursuivre le programme de suivi avec le Fonds Monétaire International (FMI). Dans un contexte où la confiance des bailleurs est cruciale, il a estimé que le respect des engagements internationaux, loin d’être un frein, est compatible avec la réponse aux urgences économiques et sociales

En prenant ses fonctions, Serge Gabriel Colin hérite donc d’une équation complexe : relancer une économie exsangue, financer des priorités sécuritaires urgentes et rétablir l’équilibre des finances publiques.