Avec la prise de fonction cette semaine du professeur James Boyard comme chef de cabinet du ministre Mario Andrésol, le ministère de la Défense dispose désormais de deux éminents experts en sécurité. Ce binôme, qui connaît les arcanes de l’appareil sécuritaire haïtien mieux que quiconque, devrait assurer une gestion technocratique face à la grave crise qui secoue le pays.

L’association réunit un ancien commandant en chef de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et un inspecteur général, intellectuel reconnu. Alors que le pays lutte contre l’insécurité grandissante et poursuit la reconstruction des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), la question est sur toutes les lèvres : ce duo, fort de son expérience complémentaire, pourra-t-il enfin « livrer la marchandise » ?

Lorsqu’il a procédé à l’installation de Mario Andrésol le 4 mars dernier, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a souligné qu’il ne s’agissait pas d’« un simple changement d’homme », mais bien de « la continuité de l’État qui s’incarne dans une nouvelle figure ». Ancien DG de la PNH (2005-2012) et ancien secrétaire d’État à la Sécurité publique, Andrésol est reconnu comme l’« architecte de réformes profondes » de l’institution policière.

L’architecte et le professeur

Si Mario Andrésol incarne le commandement opérationnel, James Boyard apporte une impressionnante expertise en ingénierie institutionnelle. Inspecteur général de la PNH et issu de la première promotion, Boyard a dirigé plusieurs directions stratégiques. C’est sous son égide qu’ont été rédigés le Plan stratégique de développement 2017-2021 ainsi qu’un nouveau projet de Plan de carrière pour le personnel policier.

Son profil d’« intellectuel accompli » le distingue au sein de la hiérarchie. Parallèlement à ses fonctions à la PNH, il mène depuis plus de vingt ans une carrière d’enseignant-chercheur à l’Université d’État d’Haïti. Spécialiste des relations internationales, il est l’auteur de trois ouvrages de référence.

La force de cette équipe réside dans la relation de longue date qui unit les deux hommes. Ils ont animé ensemble de nombreuses conférences sur la sécurité et ont collaboré au sein de la PNH, Boyard ayant été membre du cabinet de Mario Andrésol.

Ils incarnent deux facettes d’une même réalité : le praticien chevronné et le théoricien. Andrésol, ancien officier de l’Armée d’Haïti formé aux États-Unis et en France, a bâti sa réputation sur le terrain, salué pour sa discipline et sa rigueur. De son côté, Boyard a longtemps été la « cervelle » dans l’ombre des institutions, son expertise ayant été sollicitée par plusieurs administrations, dont le ministère de la Défense et le Sénat.

Peuvent-ils livrer la marchandise ?

Les défis sont colossaux : les FAd’H sont en pleine reconstruction, les frontières restent poreuses et l’insécurité généralisée gangrène le pays. Le duo offre une combinaison rare : une expérience opérationnelle de premier plan doublée d’une profondeur stratégique et académique.

Cependant, les sceptiques rappellent que la crise actuelle est aussi profondément politique, économique et sociale. Andrésol, qui avait su éviter l’affrontement avec les anciens militaires remobilisés durant son mandat à la PNH, devra aujourd’hui diriger l’institution militaire qu’il avait autrefois quittée. Boyard, dont l’intellectualisme et le franc-parler lui ont parfois valu des inimitiés, devra transformer ses plans stratégiques en réalités concrètes.

Pour l’heure, tous les regards sont tournés vers la Rue Magny pour voir si ce duo d’experts saura « livrer la marchandise » et apporter à Haïti la paix et la sécurité dont elle a tant besoin.