Le complot visant à assassiner le président haïtien Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 a été orchestré pour environ 343 000 dollars. Il était financé grâce à une combinaison de prêts, de cartes de crédit, de virements bancaires et d’aides liées à la pandémie, a déclaré, le lundi 27 avril 2026, Nestor Mascarell expert-comptable judiciaire du FBI, devant le tribunal fédéral de Miami.

Nestor Mascarell, un expert-comptable dûment agréé avec deux décennies d’expérience dans notre agence, a affirmé avoir suivi les flux financiers à travers des centaines de comptes et transactions liés à quatre suspects jugés en Floride du Sud pour complot visant l’enlèvement ou l’assassinat de Moïse il y a presque cinq ans, a rapporté Miami Herald.

Ces dossiers incluaient des relevés de 28 comptes bancaires liés aux personnes inculpées et à leurs entreprises, dont Worldwide Capital Lending et Counter Terrorist Security Unit, ainsi que leur filiale, la Counter Terrorist Federal Academy (CTU) dont ses associés dans la région de Miami ont engagé un groupe d’anciens militaires colombiens pour réaliser l’assaut mortel.

Selon le 44e et dernier témoin du gouvernement, Mascarell, l’analyse se décompose en quatre grandes sources de financement: 22 850,60 dollars provenant de Frederick Bergmann, condamné à neuf ans de prison en 2024 pour avoir expédié des gilets pare-balles à Haïti destinés à 20 Colombiens; 11 094,20  venant du CTU et 160 182,20 issus de Worldwide Capital Lending Group.

Il a aussi intégré dans son décompte près de 150 000 dollars qu’un entrepreneur haïtien a affirmé avoir investis dans le complot. Rodolphe « Dodof » Jaar, un condamné pour trafic de cocaïne qui a reconnu sa culpabilité dans l’accusation principale de complot et a témoigné en faveur du gouvernement dans le but d’alléger sa peine de réclusion à perpétuité, a affirmé plus tôt ce mois-ci avoir remis de l’argent à un ancien responsable haïtien pour corrompre des membres du service de sécurité présidentiel et les empêcher d’agir lors de l’assaut contre la résidence de Moïse, à Pèlerin 5.

Selon le journal, le procureur fédéral du sud de la Floride a porté des accusations contre onze individus en rapport avec ce meurtre. Deux autres individus, aussi accusés de conspiration, ont plaidé coupables de blanchiment d’argent. Elles figurent parmi les huit individus qui ont signé un accord de plaidoyer concernant cette affaire.

Trois des accusés jugés, Antonio « Tony » Intriago, Arcángel Pretel Ortiz et James Solages, étaient employés par la CTU. Walter Veintemilla, un courtier en prêts hypothécaires du comté de Broward, est le quatrième individu mis en cause pour avoir financé le plan via Worldwide Capital.

Avant le témoignage de Mascarell, la majorité des preuves fournies par l’accusation peignaient le portrait d’un groupe qui avait du mal à se procurer des armes, des munitions et de l’argent liquide lors de ses échecs à renverser Moïse. Toutefois, par le biais du témoignage de l’expert-comptable judiciaire, les procureurs ont tenté d’établir comment les prévenus envisageaient de se procurer une richesse grâce à des contrats rentables de sécurité en Haïti, sous la présidence actuelle.

Mascarell a indiqué que des fonds avaient été envoyés par voie de transfert bancaire depuis le sud de la Floride vers Haïti, précisant que ces fonds étaient issus de différentes origines, notamment des prêts d’urgence fédéraux en lien avec la pandémie. Il a précisé qu’environ 30 000 dollars d’aides d’urgence garanties par la Small Business Administration avaient servi à financer une partie du complot.

L’analyse mettait en lumière un contrat de prêt comprenant 21 requêtes de décaissement, qui s’inscrit dans le cadre d’un emprunt de 175 000 dollars consenti par le Groupe de Prêt International Capital de Veintemilla à Intriago et Pretel. Ce financement avait été accordé à Christian Emmanuel Sanon, un médecin et pasteur d’origine haïtienne que le groupe soutenait dans l’espoir qu’il soit le successeur de Moïse, avant que la stratégie ne soit modifiée pour finalement appuyer Windelle Coq Thélot, juge à la Cour de Cassation. Sanon, souffrant de maladie, sera jugé plus tard pour conspiration, a précisé le journal Floridien.

Les transactions mentionnées lors du témoignage de Mascarell incluaient un transfert de 26 484 $ pour le transport aérien de 20 Colombiens vers Port-au-Prince depuis la République dominicaine voisine ; 20 000 $ remis au propriétaire de l’hôtel où les Colombiens ont résidé à Port-au-Prince ; une somme de 15 477,27 $ pour un vol affrété ayant permis d’acheminer Sanon et d’autres individus en Haïti depuis Fort Lauderdale ; ainsi qu’un virement bancaire de 15 000 $ effectué le 3 juin 2021 destiné à Phenel Gordon Désir, un collaborateur de Sanon qui a exercé la fonction de secrétaire exécutif du parti politique Ayiti2054.

Selon les messages texte échangés entre Veintemilla et Sanon, les fonds étaient destinés à Solages « pour acheter des vis », a rapporté Mascarell. Il a indiqué que les suspects ont engagé une dépense totale de 21 234,26 $ pour des équipements tactiques et des gilets pare-balles. « ‘Screws’ se réfère aux munitions », a-t-il affirmé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *